Pendant cet Avent 2009, pour nous préparer à accueillir la joie de Noël, la paroisse nous a invités à nous mettre en route « Sur le chemin des anges ». C’est ainsi que s’intitulait le carnet distribué le 1er dimanche de l’Avent. Ce carnet proposait un rendez-vous pour faire vivre la parole chez soi, chaque mardi de l’Avent.
Chaque dimanche, un nouvel ange dessiné, fixé au mur de la nef de la grande église, annonçait le thème de la semaine : Veillez et priez, Préparez le chemin, Partagez, Réjouissez-vous !
Cependant, le décor de Noël se mettait progressivement en place. Au pied de l’ambon très fleuri, les 4 bougies de l’Avent ; de l’autre côté, un arbre de Noël ; sur le mur du fond, derrière l’autel, un ciel (un grand voile drapé) était parsemé d’innombrables étoiles d’où se détachait une grande étoile filante - l’étoile que suivirent les rois mages - portant sur sa queue les mots « Venez voir » !
Devant l’autel, un grand livre figurait une bible ouverte sur laquelle on pouvait lire le début de l’évangile de St Jean : "Au commencement était le Verbe...
Trois anges-bergers étaient en prière, en attente. Ils ont ensuite été rejoints par les éléments de la crèche : Marie, Joseph, l’âne, le boeuf et un mouton.
Et enfin, pour la veillée de Noël, l’enfant Jésus a été mis en place. Son berceau était le grand livre ouvert de la Parole : le Verbe s’était fait chair. Au début de la veillée, les fidèles se sont avancés en procession dans la nef pour aller déposer un lumignon devant l’Enfant.
Comme l’an dernier, pendant la période de l’Avent, la paroisse St-Denys de la Chapelle a adopté deux traditions exotiques.
L’une nous vient du nord et du froid : la messe des lumières.
L’autre arrive du sud et du soleil : Chanter Noël.
Si vous n’y avez pas participé cette année, ne les ratez pas l’an prochain !
Pour vous en donner un avant-goût, voici comment elles se sont déroulées en cette année 2009.
En Pologne, tous les jours de l’Avent, les fidèles se rendent à la messe dite messe des lumières à 6h du matin, dans le froid et l’obscurité des nuits les plus longues de l’année.
Ils se préparent ainsi à accueillir la joie de Noël. N’oublions pas qu’autrefois on appelait Petit Carème la période de l’Avent, symétrique du Grand Carème qui précède Pâques.
Se lever tous les jours à 5h du matin ? "Ils sont fous ces Polonais", dirait notre ami Obélix. Peut-être pas tant que ça...
Comme l’an dernier, le Père Mariusz nous a proposé de découvrir cette tradition, dans une variante certes allégée : la messe des lumières a lieu à St-Denys chaque vendredi de l’Avent (et non pas tous les jours) à 6h30 au lieu de 6h.
On peut considérer que la "greffe culturelle" a pris : une cinquantaine de paroissiens environ assistent à cette messe.
Cette messe dans la nuit se déroule dans une atmosphère très particulière, très prenante : toutes les lumières électriques de la petite église et des abords restent éteintes. Seuls, de nombreux lumignons et quelques cierges éclairent le cheminement dans l’allée centrale et surtout l’autel. Toute la messe se déroule dans la pénombre, la plupart des fidèles se regroupant dans le chœur, autour de l’autel.
On ressent physiquement la présence de la nuit qui nous environne tandis que la ville commence à s’éveiller. Chacun devient lui-même une petite lumière qui prie dans la nuit. Le P. Mariusz nous rappelait que les évangiles signalent plusieurs fois que Jésus lui-même priait le Père dans la nuit.
Après la messe, tous ceux qui le peuvent se retrouvent dans la salle paroissiale et s’attablent pour prendre un petit déjeuner très animé et convivial (et avec du bon pain frais !).
Puis, les uns partent au travail, les autres rentrent chez eux puisque tout est encore fermé à cette heure matinale.
Et, d’avance, Wesołych Świąt ! Pardon, je veux dire : Joyeux Noël ! Et Szczęśliwego nowego roku !! (Bonne année !)
La feuille du dimanche annonçait : samedi 12 décembre 2009 à 19h venez chanter Noël avec nos amis antillais dans la salle du Parquet. On pouvait donc s’attendre, après la messe de 18h30, à chanter des cantiques de Noël pendant 1h en grignotant quelques accras, après quoi chacun serait rentré dîner chez soi.
C’était mal connaître nos amis antillais. Ils n’aiment pas faire les choses à moitié : la soirée s’est prolongée jusqu’à 23h et comprenait un vrai repas traditionnel de Noël (et, pour la première fois, une fête antillaise sans accras : ce n’est pas un plat de Noël).
Aux Antilles, les familles conservent précieusement des petits livrets regroupant les paroles des cantiques de Noël qu’elles chanteront pendant tout le temps de l’Avent. Nous sommes en train de faire de même à St-Denys : nous avons nous aussi nos petits livrets, qui datent de 2005 (la tradition est récente)...
Et nous avons chanté tous ensemble, comme une grande famille, sous la conduite de Jean-Marie Lapoussin, accompagnés comme là-bas d’un tambour et d’un ti-bois (paire de baguettes qu’on frappe sur ce qu’on trouve).
Certains paroissiens ont pu hésiter à venir dans la crainte de passer une soirée à écouter des chants en langue créole dont ils ne comprendraient pas les paroles. Ils ont eu tort : comme aux Antilles, tous les chants sont en français (seuls, quelques couplets non écrits peuvent être en créole). Paroles françaises pleines de foi et de fraicheur, musiques peut-être françaises aussi, mais rythmes très joyeux, très dansants et très antillais.
Nous avons chanté tous les grands classiques, faisant remonter des souvenirs d’enfance. Les paroles mettent souvent l’accent sur la détresse de cette naissance mais la musique est toujours très gaie. Ce contraste pourrait surprendre mais il exprime bien la particularité de Noël : mélange de bonheur et de compassion, l’événement merveilleux - la bonne nouvelle de l’incarnation et du salut - s’exprime dans une humble naissance dans des conditions pitoyables.
On ne pouvait pas s’empêcher de danser joyeusement : ce Chanté Noël était aussi un Dansé Noël. Comment ne pas se laisser entrainer quand votre voisine se tourne vers vous en chantant « Allez mon voisin, allez, allez mon voisin / à la crèche, mon voisin » ? Et on ne peut pas rester assis sur sa chaise quand on chante Satan crève : chaque couplet se termine par « Qu’il crève, qu’il crève, qu’il crè – è - ve ! » et on écrase Satan d’un pied rageur – et en rythme - comme s’il s’agissait d’une répugnante bestiole !
Aux chants en choeur, se sont ajoutés quelques très beaux chants en solo (Maguy, Julien).
Nous étions par anticipation dans la joie de Noël et le repas fut le repas de Noël.
Les uns ou les autres avaient apporté des boissons ou des mets désormais « classiques » à St-Denys (samoussas, nêms, gâteaux...) mais l’ordonnance du repas était celle du Noël antillais, en respectant fidèlement le dicton « Tout Noël tout cochon ». On sait que traditionnellement on tuait le cochon à Noël. Comme le dit une chanson : Honoré, Cochon en ka crié (le cochon a crié) / Nwèl en k’arivé (Noël est arrivé) !
Nous avons ainsi retrouvé toutes les saveurs des noëls antillais de toujours, des Nwèl d’an tan lontan : boudin antillais et boudin blanc (non pas le boudin blanc parisien mais un boudin au poisson bien relevé), pâtés salés (au cochon, naturellement), jambon de Noël, pois d’angole (ou pois de bois, comme on dit à la Guadeloupe), ragout de cochon et pour finir, en plus des divers gâteaux « classiques », une grande couronne de pain au beurre.
Auparavant, on avait naturellement commencé par du rhum. Ce n’était pas le ti-punch habituel, mais une exquise liqueur spécial Noël : le schrubb.
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Après le repas, l’ambiance chaleureuse aidant, on a terminé la soirée par un chant, un peu inattendu dans cette circonstance, qui s’est élevé spontanément : Un ti bo, deux ti bo, trois ti bo doudou.... tout à la fois joyeux, nostalgique et fraternel.
Un grand, grand merci à toutes les cuisinières qui nous ont si généreusement offert ce repas.
Merci à celles et ceux qui ont aménagé et décoré la salle.
Un grand merci aussi à celles qui, comme Lisa, Mirette, Françoise ou Viviane, ont pour leur plaisir et pour le nôtre, revêtu le costume traditionnel.
Et à l’année prochaine ! En attendant, joyeux Noël - pardon : Jwayé Nwèl ! - et bonne année !!
Ci-dessous, quelques photos de Chanté Nwèl prises par Maréva. Les autres photos sont d’Arnaud et Marie-Andrée.
[1] Vous ne connaissez pas le schrubb ? En voici une recette. Elle est simple mais il faut s’y prendre à l’avance. Certains le préparent dès le mois d’octobre, car, dit-on, il nécessite une longue macération au soleil et au moins deux pleines lunes…
Enlevez les parties blanches de 5 ou 6 peaux d’oranges en les grattant et faites sécher celles-ci pendant une semaine environ. Puis faites macérer les peaux d’oranges séchées (certains ajoutent des épices : cannelle, vanille, muscade) dans 1 litre de rhum blanc pendant trois jours en exposant le bocal au soleil. Filtrez le mélange obtenu. Faites un sirop avec 50 cl d’eau et 1 kg de sucre de canne en portant à ébullition. Laissez épaissir pendant 10 à 15 minutes environ en écumant fréquemment. Laissez refroidir ce sirop. Mélangez avec le rhum aromatisé, passez au filtre et mettez en bouteille. A consommer bien sûr avec très grande modération.